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    Sera-t-il encore nécessaire d’apprendre des langues étrangères à l’ère de l’IA?

    Par Blaise Reymondin · 5 mai 2023 · Chronique

    Dans un avenir très proche, des outils de traduction simultanée dopés à l’IA permettront de converser par exemple avec un touriste chinois, chacun s'exprimant dans sa propre langue, dans une parfaite compréhension réciproque.

    Ou encore un guide touristique pourra s’adresser à un groupe composé de personnes de dix nationalités différentes, chacun muni de simples oreillettes (genre AirPods). Mieux que ça, tous entendront une traduction reproduisant fidèlement la voix de l’interlocuteur, jusqu’aux intonations émotionnelles.

    Imaginez ce superpouvoir qui nous donnerait la capacité de communiquer en mandarin, en espagnol, en norvégien et même dans un dialecte lointain, avec toute l'éloquence de notre langue maternelle, sans bafouiller dans une langue étrangère que l'on maîtrise rarement très bien.

    Ceci n'est pas de la science-fiction, mais une projection à court terme fondée sur les progrès actuels. Tous les composants requis pour créer ce traducteur ultime sont déjà fonctionnels:

    • Transcription de la voix humaine en texte avec Open AI Whisper
    • Traduction de niveau professionnelle avec Deepl
    • Synthèse vocale avec clonage de la voix humaine via Evenlabs.io

    Inévitablement, une entreprise technologique va les combiner pour offrir au grand public une solution révolutionnaire et accessible de traduction simultanée.

    Le principal défi à surmonter ? Probablement la rapidité d'exécution de chacune de ces étapes, de manière à réduire le temps de traitement à quelques microsecondes seulement, pour obtenir une véritable traduction simultanée. Sans doute un détail, alors alors que la vitesse de calcul des microprocesseurs augmente toujours et que les algorithmes progressent également.

    L'apparition imminente de tels outils de traduction ne manquera pas de soulever des questions cruciales quant à l'avenir de l'apprentissage des langues, en particulier au cours de la scolarité obligatoire.

    Mes enfants sont bilingues grâce à leur mère, qui est d'origine germanique. Elle communique avec eux principalement en allemand et la majorité des films et divertissements auxquels ils ont accès sont dans leur deuxième langue. Nous pensions que ces efforts n’étaient pas seulement utiles pour entretenir les liens familiaux et culturels, mais aussi un capital à long terme, pour une future carrière dans un pays où l’allemand est la deuxième langue officielle.

    Avec l’arrivée inéluctable des traducteurs simultanés propulsés à l'intelligence artificielle (en plus des outils ultra performants de traduction de textes), il est difficilement imaginable que les langues étrangères puissent demeurer l’atout professionnel qu’il sont aujourd’hui. L'apprentissage des langues dites vivantes est-il condamné à suivre le même destin que le latin ou le grec ancien ?

    Tempora mutantur, nos et mutamur in illis (les temps changent, et nous changeons avec eux).

    Chronique publiée sur le fil spécial intelligence artificielle Le Temps

    Texte intégral reproduit avec l'accord de son auteur. Paru initialement sur Le Temps.

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    Blaise Reymondin

    Blaise Reymondin

    Expert en acquisition client à Lausanne depuis 2004. Chroniqueur pour Le Temps sur le numérique et l'IA.